VI

Bob Morane jeta un regard impatient à sa montre-bracelet, dont le cadran lumineux brillait doucement dans l’obscurité. Il était près de dix heures du soir, et Bill Ballantine n’avait pas encore donné signe de vie.

« A-t-il reçu mon télégramme ? se demandait Bob. Il pouvait être absent, en voyage, en expédition de pêche, que sais-je !… »

En même temps, il se remémorait les paroles de Miss Orloff : « Il vous faudra agir vite, car mon oncle quitte Paris cette nuit, à destination de l’Egypte. »

— Si Bill n’arrive pas, murmura Morane, il va me falloir agir seul…

Il se leva et traversa le salon-bureau obscur, car l’électricité n’était pas allumée. Écartant les rideaux de la fenêtre, il jeta un coup d’œil au-dehors, espérant voir un taxi s’arrêter devant la porte de l’immeuble. En vain cependant.

Au bout d’un moment, Morane s’écarta de la croisée.

— Je vais réellement devoir agir seul, murmura-t-il à nouveau.

Il s’assit derrière le bureau et alluma sa lampe de travail. Il se mit alors à rédiger un long message à l’intention de Bill, message qu’il laissa bien en évidence sur le sous-main. Il alla passer ensuite des vêtements usagés, coiffa un vieux feutre et se trouva prêt à sortir. Comme, depuis la veille, il ne s’était pas rasé, la barbe de deux jours couvrant ses joues et son menton camouflait assez ses traits pour qu’il ne puisse être identifié par quelqu’un qui ne le connût parfaitement. Bob prit alors un gros Colt automatique dans le tiroir de son bureau, le chargea et le glissa dans sa ceinture, entre pantalon et chemise, de façon à ce que, le veston fermé, l’arme passât inaperçue.

Ces différents préparatifs achevés, Bob quitta l’appartement et descendit frapper à la porte de la concierge. Cette dernière ouvrit au bout d’un moment et Bob lui tendit le double des clés de son logement.

— Si M. Ballantine venait en mon absence, madame Durant, remettez-lui ceci, afin qu’il puisse pénétrer chez moi.

La digne concierge ne parut pas remarquer la mise peu soignée de ce locataire qui, depuis pas mal de temps, avait fini de l’étonner. Elle prit les clés et déclara qu’elle les remettrait à M. Ballantine si celui-ci se présentait. Rassuré de ce côté, Bob quitta l’immeuble, grimpa à bord de la Jaguar stationnée à peu de distance et démarra. Franchissant le pont Royal, il gagna la rive droite, roula le long des quais des Tuileries, du Louvre et de la Mégisserie, dépassa le Châtelet et alla garer la voiture derrière l’Hôtel de Ville. Là, il mit pied à terre et, à pas lents, se mit en devoir de gagner le proche quartier du Temple.

Ce quartier, où l’Ombre Jaune avait établi un de ses repaires parisiens, est l’un des plus anciens de la capitale, puisque son histoire remonte à l’an 1128, époque à laquelle fut créé l’Ordre souverain des Chevaliers du Temple de Jérusalem. Ces chevaliers, mi-religieux, mi-guerriers, étaient chargés de la garde des Lieux Saints de Palestine et de protéger les pèlerins. Les vœux qu’ils prononçaient leur imposaient le célibat, la pauvreté et l’obéissance. À la guerre, ils devaient accepter le combat à un contre trois et, une fois capturés, ils ne pouvaient se racheter par rançon, comme il était d’usage à cette époque. En outre, la seule chasse à laquelle ils pouvaient se livrer était la chasse au lion.

À Paris, les Templiers s’installèrent tout d’abord du côté de Saint-Gervais. Ensuite, vers la fin du XIIe siècle, ils s’établirent à l’endroit que l’on connaît aujourd’hui encore sous le nom de quartier du Temple. C’est là qu’ils élevèrent un vaste enclos fortifié, comprenant un palais et un donjon qui devait devenir célèbre par la suite.

En plus de courageux guerriers au service de la chrétienté, les Templiers s’étaient montrés d’excellents administrateurs et, recevant des dons de toutes parts et les faisant fructifier par des opérations bancaires, ils avaient fini par amasser des richesses qui faisaient pâlir d’envie tous les rois de l’époque.

Vint le règne de Philippe le Bel, qui avait de gros ennuis de trésorerie. Il imagina de s’approprier le trésor des Templiers et, pour cela, il les fit accuser d’un tas de crimes imaginaires, dont les moindres n’étaient pas ceux d’idolâtrie et de sorcellerie. L’Ordre fut dissous, les chevaliers arrêtés, torturés et exécutés. Quant à leurs biens, ils furent tout bonnement confisqués.

Ici s’arrête, faute de personnages, le roman des Templiers, mais non celui du Temple. Il servît par la suite de résidence au Grand Prieur de Paris. Mais ce fut surtout lors de la révolution française qu’il reprit sa place dans l’attirail, souvent tragique, de l’Histoire. Ce fut en effet dans le fameux donjon que, le 13 août 1792, fut enfermé Louis XVI et le reste de la famille royale. C’est là aussi que, sans doute, mourut le jeune Louis XVII. En 1308, le donjon, auquel s’attachaient trop de mauvais souvenirs, fut rasé. Par la suite, l’enclos tout entier fut démoli et loti. Aujourd’hui encore cependant, bien des vestiges, murs noircis, porches, caves voûtées, subsistent, témoins muets de siècles révolus.

Comme toutes les grandes demeures seigneuriales et couvents du Moyen Age, le Temple comportait, sous ses murs, tout un réseau de souterrains, de caveaux et d’oubliettes, souvent fort enfoncés dans le sol et communiquant avec l’extérieur. C’était dans ces souterrains, aujourd’hui oubliés, et auxquels on accédait notamment par les caves d’une maison s’élevant à proximité du marché à la friperie appelée carreau du Temple, que l’Ombre Jaune avait établi son repaire. Ming avait acheté la maison en question, ce qui lui permettait d’aller et venir, ainsi que ses complices, avec plus de liberté.

Il s’agissait d’un ancien hôtel de maître bâti sous Napoléon III et dont la façade, mal entretenue, s’écaillait. Seule, la porte cochère, d’origine plus ancienne, avait encore un air de grandeur avec ses sculptures macaroniques et sa vieille porte de chêne ornée de bronze verdi. Un des battants de cette porte était entrouvert et, tout près, assis à même le trottoir et adossé au soubassement, un homme vêtu misérablement semblait sommeiller. Bob, auquel Tania Orloff avait fourni tous les éléments nécessaires à la bonne réussite de son entreprise, s’approcha sans hésiter. Quand il fut tout près, l’homme releva la tête, et Morane put voir un visage sombre éclairé par des yeux bleus qui, dans la pénombre, paraissaient blancs.

« Un Indien, pensa Bob. Probablement un dacoït… »

Et, aussitôt, il dit à mi-voix, à l’adresse de l’Indien.

— Simla.

C’était le mot de passe fourni par Miss Orloff.

Pendant un bref instant, Bob craignit que le dacoït ne fût un de ceux avec lesquels il avait eu maille à partir précédemment et qu’il ne le reconnût. Il n’en fut rien, car il faisait assez sombre, de lourds nuages, annonciateurs d’orage, envahissant peu à peu le ciel. Après avoir ouï le mot de passe, l’Indien tourna simplement la tête vers la porte, invitant ainsi le nouveau venu à entrer.

Bob ne se fit pas prier. Se glissant entre les battants, il pénétra dans un large couloir dallé de pierres bleues pour la plupart fendues et basculantes. Au-fond, une seconde porte, vitrée celle-là mais privée d’une bonne partie de ses carreaux, s’ouvrait sur une cour pavée et envahie par les mauvaises herbes. De l’autre côté de cette cour, une seule lumière brillait au-delà d’une troisième porte, basse et étroite, pratiquée sous la double volée d’escaliers d’un perron.

D’un pas assuré, Bob traversa le couloir, puis la cour, et atteignit la porte basse, qu’il franchit en se baissant pour déboucher sur un étroit palier où s’amorçait un escalier en colimaçon s’enfonçant dans les profondeurs du sol.

La décision de Morane était prise depuis plusieurs heures déjà : il voulait parvenir jusqu’à Ming et, bien que cette besogne de justicier lui répugnât, l’abattre de sa propre main afin d’éviter de nouveaux crimes, de nouvelles souffrances humaines. Ce fut donc sans la moindre hésitation qu’il s’engagea dans l’escalier en colimaçon, éclairé seulement par quelques parcimonieuses lampes électriques de faible intensité.

Au bout d’une demi-douzaine de spires environ, l’escalier en question déboucha dans un étroit couloir voûté, aux murs de pierre rongée par le salpêtre et éclairé lui aussi de lampes avares. Au fond de ce couloir, une nouvelle porte s’ouvrait, près de laquelle un homme se tenait debout.

Rapidement, à demi courbé à cause de la voûte trop basse pour sa haute taille, Bob Morane s’avança vers le deuxième garde. Là encore, après qu’il eut prononcé le second mot de passe, Timour, on le laissa continuer. Il franchit la porte et pénétra dans une salle à la voûte basse mais aux dimensions respectables, car elle devait bien mesurer trente mètres sur trente. Des piliers soutenaient la voûte et l’ensemble, à en juger par l’état de la pierre et l’architecture primitive, devait assurément dater de l’époque des Templiers. Au centre, adossé à un pilier, un homme se tenait debout. Il était de haute taille, presque un géant, maigre avec des bras extraordinairement volumineux gonflant à les faire craquer les manches de son vêtement de clergyman. La face était ronde, énorme, surmontée par un crâne soigneusement rasé, au front bombé dénotant une intelligence peu commune. La peau jaune, légèrement olivâtre, les zygomas saillants, le nez épaté et les paupières bridées indiquaient une origine mongole. Mais c’étaient les yeux eux-mêmes qui, surtout, retenaient l’attention. Des yeux couleur d’ambre, ou d’or, au regard fixe, qui ne cillaient jamais. Des yeux qui n’avaient rien d’humain. Les yeux du redoutable, de l’effrayant Monsieur Ming, de l’homme – mais était-ce bien un homme ? – qui avait déclaré une lutte sournoise et sans merci à la civilisation occidentale et à tous les humains qui l’avaient faite leur.

Comme fasciné, Morane regardait son ennemi, dont un groupe d’hommes de toutes races – Européens, Asiatiques, Africains, sangmêlés – le séparait. Même s’il avait voulu s’approcher, Bob en eût été empêché par l’assemblée, et il ne voulait pas tirer sur Ming de trop loin de peur de le manquer ou de seulement le blesser. Il attendrait le moment propice et, quand il se jugerait à bonne portée, il viserait au front son ennemi, au cas où ce dernier porterait un gilet protecteur. Quand il serait certain de ne pas avoir manqué son but, Morane, profitant du désarroi, foncerait alors vers la sortie en ouvrant le feu sur quiconque tenterait de lui barrer le passage.

La suite des événements devait cependant prouver à notre héros que, comme le veut le proverbe, il y a souvent loin de la coupe aux lèvres.

Bob avait pénétré depuis quelques minutes à peine dans le caveau, quand un des gardiens chargés de surveiller les portes y entra à son tour. Il s’avança directement vers Ming et lui murmura quelques mots à l’oreille en lui désignant Morane. Aussitôt, le Mongol tendit une de ses énormes mains vers Bob et cria :

— Emparez-vous de cet homme !

« Aïe ! pensa Morane. Me voilà démasqué plus tôt que je ne le pensais. »

Plongeant la main sous sa veste, il tira le gros automatique, geste qui provoqua un reflux parmi l’assistance. Tout autre que Bob Morane aurait mis cette circonstance à profit pour fuir, mais il était là pour accomplir une œuvre de justicier dont l’humanité tout entière devait profiter, ce qui lui interdisait une retraite immédiate.

Braquant le lourd Colt, Morane bondit donc vers Ming. Deux des assistants tentèrent bien de s’interposer, mais il était lancé avec la puissance d’un boulet de canon, et il les bouscula au passage. Rien ne le séparait donc de Ming, dont le regard fixe croisait maintenant le sien. Bob n’était plus qu’à quelques mètres, son arme braquée sur le large front de son ennemi. Il ne lui restait plus qu’à presser la détente, lorsqu’il se rendit compte que ses yeux ne pouvaient plus se détacher de ceux du Mongol, de ces terribles prunelles d’or douées d’une surhumaine puissance de suggestion. Bob se souvint alors que, jamais, il ne fallait regarder l’Ombre Jaune dans les yeux. Une fois déjà, il en avait fait l’expérience à ses dépens, et il voulut détourner ses regards. Trop tard cependant. Les prunelles de l’Ombre Jaune avaient capté les siennes et il se sentait pareil à l’oiseau devant le serpent. Il n’avait pourtant qu’à crisper l’index mais même ce geste, si menu fût-il, il ne se sentait pas la force de l’accomplir.

— Baissez le bras ! commanda Ming.

Malgré lui, Bob obéit, tout à fait comme si la volonté du Mongol s’était substituée à la sienne.

— Maintenant, laissez tomber votre arme ! ordonna encore Ming.

Cette fois, Morane fit un effort pour reprendre le contrôle de ses actes, mais l’Ombre Jaune s’avança vers lui et, de sa main droite – cette main postiche semblable à celle enfermée dans un tiroir, dans le salon-bureau de Morane – de sa main droite donc, il lui enserra le poignet. Bob sentit une douleur violente, comme si on lui broyait les os, et il ouvrit la main, laissant tomber l’automatique.

D’un revers du bras, Monsieur Ming balaya alors le chapeau de Bob. Aussitôt, il reconnut celui-ci. Pourtant, il possédait une telle maîtrise de lui-même qu’il ne marqua pas la moindre surprise.

— Commandant Morane ! fit-il simplement. Je m’attendais à vous retrouver tôt ou tard sur mon chemin…

Volontairement, sachant son adversaire désormais impuissant, Ming avait rompu le charme et Bob recouvré toute sa conscience.

— Vous me retrouverez toujours sur votre chemin, Monsieur Ming, dit-il d’une voix calme.

L’Ombre Jaune sourit, mais d’un sourire auquel ses yeux fixes ne participaient pas.

— Vous ne changerez décidément jamais, commandant Morane, fit-il sur un ton de moquerie. Vous ne réaliserez donc jamais que, toujours, vous serez en retard d’une longueur sur moi. Je ne sais pas comment vous avez trouvé le moyen de pénétrer ici, mais, malheureusement pour vous, je n’attendais que vingt personnes, et vous êtes la vingt et unième. Vous êtes donc en surnombre. Les gardes vous ont laissé entrer, pour me signaler aussitôt votre présence. Comme vous le voyez, malgré toute votre adresse, toute votre audace, une fois encore vous n’avez pas réussi à me prendre au dépourvu…

Bob essayait de ne pas montrer le dépit qui l’étreignait. Grâce aux renseignements que Tania Orloff lui avait fournis, il croyait pouvoir se glisser sans risques, ou presque, jusqu’à l’Ombre Jaune. Pourtant, il s’était heurté à l’imprévisible, mais un imprévisible que Ming, lui, avait prévu.

C’était à présent avec un effroi un peu admiratif que Morane considérait cet étonnant personnage que, quelques jours plus tôt encore, il croyait mort, mais qui pourtant se dressait là, devant lui, plus vivant, plus redoutable que jamais.

L’Ombre Jaune continuait cependant à parler.

— Voyez-vous, commandant Morane, ce n’est pas parce que je viens de jouer encore avec vous comme un chat avec une souris, que je cesse d’éprouver une intense admiration à votre égard. Alors que les plus puissantes polices du monde ne se montrent même pas capables de m’inquiéter, vous êtes le seul homme à avoir mis mon existence en danger, à avoir compromis la réalisation de mes plans. Jadis même, n’avez-vous pas été bien près de m’arracher le fabuleux trésor de Golconde, et vous étiez seul à lutter contre moi et mes dacoïts ? Voilà pourquoi, commandant Morane, je crois qu’il serait utile que nous ayons un nouvel entretien…

Sans laisser à Bob le temps de répondre, le Mongol, s’adressant aux dacoïts qui entouraient le prisonnier, lança un ordre en hindoustani. Aussitôt, Morane se sentit poussé sans ménagement à travers la vaste cave. Au fond, une porte basse fut ouverte devant lui, et il fut projeté à l’intérieur d’une chambre basse, meublée confortablement, à l’orientale, les murs et le plafond étant masqués par de lourdes tentures. Accrochée au plafond, une ampoule électrique brûlait à l’intérieur d’un fanal de cuivre aux vitres multicolores. Visiblement, ce caveau ne comportait pas d’autre issue que la porte par laquelle Bob était entré, et cette porte, il le savait, était gardée.

« Allons, pensa Morane, me voilà encore dans les ennuis jusqu’au cou. Cela m’apprendra à vouloir toujours caresser le fauve sous le menton, surtout quand ce fauve s’appelle Monsieur Ming. Tout ce qui me reste à faire, c’est attendre la suite des événements… »

Il n’eut pas à patienter bien longtemps. Quelques minutes à peine s’étaient écoulées, quand l’Ombre Jaune fit à son tour irruption dans le caveau.

 

La revanche de l'Ombre Jaune
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